{"id":941,"date":"2019-12-24T12:57:25","date_gmt":"2019-12-24T11:57:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.armandinechasle.fr\/blog\/?p=941"},"modified":"2021-03-14T20:15:21","modified_gmt":"2021-03-14T19:15:21","slug":"comment-parler-des-livres-que-lon-na-pas-lus-de-pierre-bayard-2007","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.armandinechasle.fr\/blog\/comment-parler-des-livres-que-lon-na-pas-lus-de-pierre-bayard-2007\/","title":{"rendered":"Comment parler des livres que l&#8217;on n&#8217;a pas lus ? de Pierre Bayard (2007)"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Quand un ami m&#8217;a pr\u00eat\u00e9 cet ouvrage cela a \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion d&#8217;une relecture pouss\u00e9e. <br>M\u00ealant lectures et psychanalyse, tout en restant facile d&#8217;acc\u00e8s <em>Comment parler des livres que l&#8217;on n&#8217;a pas lus ?<\/em> est un essai \u00e9clair\u00e9 mais surtout tr\u00e8s dr\u00f4le -fait assez rare pour \u00eatre notifi\u00e9 !<br><\/h4>\n\n\n\n<p><br><em>[J&#8217;ai rencontr\u00e9 Pierre Bayard en tant que professeur \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 Paris 8 et ce, en suivant l&#8217;un de ses cours qui jumelait litt\u00e9rature et psychanalyse. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque bien s\u00fbr je n&#8217;avais pas lu cet ouvrage, grave erreur (!) cela m&#8217;aurait certainement permis de ne pas lire les textes &#8220;\u00e0 lire&#8221;.]<\/em><br><br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/www.univ-paris8.fr\/Plongee-dans-la-critique-interventionniste-de-Pierre-Bayard\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"512\" src=\"http:\/\/www.armandinechasle.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/arton4424-1024x512.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-980\" srcset=\"http:\/\/www.armandinechasle.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/arton4424.jpg 1024w, http:\/\/www.armandinechasle.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/arton4424-300x150.jpg 300w, http:\/\/www.armandinechasle.fr\/blog\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/arton4424-768x384.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><br>L&#8217;auteur a d\u00e9coup\u00e9 son essai en trois parties toutes aussi int\u00e9ressantes les unes que les autres -pour mettre l&#8217;exp\u00e9rimentation totalement \u00e0 l&#8217;oeuvre, j&#8217;ai tent\u00e9 d&#8217;abandonner ma lecture apr\u00e8s la premi\u00e8re partie, mais happ\u00e9e par le texte j&#8217;ai d\u00fb finalement m&#8217;arr\u00eater avant l&#8217;\u00e9pilogue, en un mot : exp\u00e9rience de non-lecture fichtrement rat\u00e9e.<br><br>L&#8217;ouvrage commence donc avec les 4 mani\u00e8res de ne pas lire. Tout d&#8217;abord, il s&#8217;agit de parler des livres que l&#8217;on ne connait pas, en les pla\u00e7ant dans ce que Pierre Bayard nomme une &#8220;biblioth\u00e8que collective&#8221;. Nous n&#8217;avons pas lu Proust, Joyce, etc. cela n&#8217;emp\u00eache quiconque de savoir qui sont ces auteurs, ce qu&#8217;ils ont \u00e9crit et o\u00f9 leurs fictions se placent dans la grande biblioth\u00e8que des livres fondamentaux inh\u00e9rent \u00e0 la litt\u00e9rature. Pour parler des livres que l&#8217;on a parcourus, l&#8217;auteur s&#8217;appuie sur la pens\u00e9e de Paul Val\u00e9ry soutenant que l&#8217;on est pas OBLIG\u00c9 de lire un ouvrage \u00e9crit par Proust pour reconna\u00eetre son style si identifiable. Avec cette th\u00e9orie la lecture est pens\u00e9e comme un parcours lin\u00e9aire ou circulaire permettant d&#8217;englober un texte en en lisant que des bribes.<br><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Cette pratique de la critique sans auteur, ni texte, n&#8217;a rien d&#8217;une absurdit\u00e9. Elle repose chez Val\u00e9ry sur une conception argument\u00e9e de la litt\u00e9rature dont l&#8217;une des id\u00e9e principale est que non seulement l&#8217;auteur est inutile, mais que l&#8217;oeuvre est en trop.<\/p><cite>(Page 40)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><br>L&#8217;ouvrage s&#8217;int\u00e9resse ensuite \u00e0 la pratique de la non-lecture, telle que pratiqu\u00e9e par les libraires, il s&#8217;agit bien de parler des livres dont on a entendu parler. En effet, les libraires sont des experts \u00e0 ce jeu, car l&#8217;on imagine bien que par faute de temps ils n&#8217;aient eu le loisirs de lire tous les livres qu&#8217;ils puissent vendre en leur \u00e9tablissement. Pour parler des livres dont on a seulement entendu parler, Pierre Bayard parle d&#8217;une double orientation : d&#8217;abord savoir situer le livre dans la biblioth\u00e8que collective et aussi se situer au sein chaque livre. Mais il pr\u00f4ne surtout le fait d&#8217;\u00c9COUTER ceux qui ont lus ces ouvrages ; pour Pierre Bayard, l&#8217;\u00e9coute de la lecture des autres met en exergue les livres-\u00e9crans, comme d&#8217;objets de substitutions. Si Freud parlait de souvenirs-\u00e9crans pour nommer les souvenirs d&#8217;enfance fallacieux, ces livres-\u00e9crans les rappellent car pour chacun la lecture d&#8217;un livre s&#8217;est effectu\u00e9 dans un contexte psychologique qui peut \u00eatre plac\u00e9 dans le temps.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>pour se convaincre que tout livre dont nous parlons est un livre-\u00e9cran et un \u00e9l\u00e9ment de substitution dans cette cha\u00eene interminable qu&#8217;est la s\u00e9rie de tous les livres, il suffit de faire l&#8217;exp\u00e9rience simple consistant \u00e0 confronter les souvenirs d&#8217;un livre aim\u00e9 de notre enfance avec le livre &#8220;r\u00e9el&#8221;, pour saisir \u00e0 quel point notre m\u00e9moire des livres et surtout ceux qui ont compt\u00e9 au point de devenir des parties de nous-m\u00eame, est sans cesse r\u00e9organis\u00e9e par notre situation pr\u00e9sente et ses enjeux inconscients<\/p><cite>(Page 53)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><br>Ces livres que l&#8217;on a lus ou non, que l&#8217;on a survol\u00e9s&#8230; participent tous \u00e0 ce que l&#8217;auteur nomme &#8220;la biblioth\u00e8que int\u00e9rieure&#8221;. L&#8217;individu a plac\u00e9 ces ouvrages au sein de son inconscient, ils participent \u00e0 la cr\u00e9ation de sa psych\u00e9 en tant qu&#8217;individu constitu\u00e9 d&#8217;\u00e9motions.<br>Ce chapitre se cl\u00f4ture avec une question, les livres que l&#8217;on a oubli\u00e9s sont-ils des livres que l&#8217;on a lus ?<br><br>Puis ce sont les diff\u00e9rentes situations de discours qui sont mises en lumi\u00e8res : parler de livres en soci\u00e9t\u00e9, face \u00e0 un professeur, devant l&#8217;\u00e9crivain lui-m\u00eame et avec l&#8217;\u00eatre aim\u00e9. <br>Pour l&#8217;auteur, ces temps de discussions ayant comme sujet les livres -le plus souvent- lus, confrontent les lectures constituant sa biblioth\u00e8que int\u00e9rieure avec les biblioth\u00e8ques int\u00e9rieures des autres provoquant parfois frictions, venant interpeller les codes et valeurs socialement admises et int\u00e9gr\u00e9es par l&#8217;inconscient des sujets.<br>Je m&#8217;arr\u00eaterais sur &#8220;parler des livres que l&#8217;on a pas lus, avec l&#8217;\u00eatre aim\u00e9&#8221; car si les th\u00e8ses pr\u00e9sent\u00e9es sont chaque fois \u00e9tayer d&#8217;un exemple (Paul Val\u00e9ry, Umberto Eco, Proust, etc.) celui pour ce chapitre est issu de la pop-culture. En effet, l&#8217;auteur prend l&#8217;exemple de Bill Murray dans le Jour de la Marmotte ! Quelle surprise, dr\u00f4le et ing\u00e9nieuse de voir ici Bill Murray prendre la suite de grands \u00e9crivains ! -Par ailleurs, l&#8217;on se rappelle du film lorsque Pierre Bayard nous le raconte, serait-ce une ouverture \u00e0 une prochaine r\u00e9flexion : comment parler des films que l&#8217;on a pas vus ?<br><br><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>[&#8230;] les livres aim\u00e9s dessinent l&#8217;ensemble d&#8217;un univers que nous habitons en secret et o\u00f9 nous souhaitons que l&#8217;autre puisse venir prendre place \u00e0 titre de personnage.<\/p><cite>(Page 96)<br><br><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>   <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-video aligncenter\"><video controls src=\"https:\/\/media.giphy.com\/media\/3o7WIQ4FARJdpmUni8\/giphy.mp4\"><\/video><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><br>Enfin, les conduites \u00e0 tenir \u00e9voquent successivement plusieurs conseils :<\/p>\n\n\n\n<ul><li>d&#8217;abord ne pas avoir honte. Parler des livres r\u00e9v\u00e8le un rapport de force psychique car ce n&#8217;est pas la culture qui est \u00e9chang\u00e9e mais des &#8220;<em>parties de nous-m\u00eame qui nous servent dans les situations angoissantes de menace narcissique, \u00e0 assurer notre coh\u00e9rence int\u00e9rieure<\/em>&#8221; (Page 119)<\/li><li>imposer ses id\u00e9es, par le biais d&#8217;une biblioth\u00e8que commune.<\/li><li>inventer des livres. En effet, pour l&#8217;auteur parler des livres ouvre \u00e0 la fiction, car lorsque l&#8217;on parle de livres l&#8217;on raconte autant le livre que sa place au sein de sa biblioth\u00e8que int\u00e9rieure et les v\u00e9rit\u00e9s subjectives qui s&#8217;y m\u00ealent.<\/li><li>parler de soi. Nous l&#8217;avons vu plus haut, parler de livres et c&#8217;est parler de sa biblioth\u00e8que int\u00e9rieure, de ses livres-\u00e9crans, de sa psych\u00e9, donc tout \u00e7a c&#8217;est parler de soi et ouvrir un espace de cr\u00e9ativit\u00e9. &#8220;<em>C&#8217;est dire combien le discours sur les livres non-lus, au-del\u00e0 de la parole personnelle qu&#8217;il implique \u00e0 des fins d\u00e9fensives, offre au m\u00eame titre que l&#8217;autobiographie, \u00e0 qui sait en saisir l&#8217;opportunit\u00e9, un espace privil\u00e9gi\u00e9 pour la d\u00e9couverte de soi. Dans cette situation de parole ou d&#8217;\u00e9criture, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 contraignante de renvoyer au monde, le langage peut trouver dans sa travers\u00e9e du livre le moyen de parler de ce qui nous d\u00e9robe habituellement en nous<\/em>&#8221; (Page 155)<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong><br>Pour terminer je conseillerais \u00e0 quiconque d&#8217;entamer une lecture crois\u00e9e entre <\/strong><em><strong>La m\u00e8re suffisamment bonne<\/strong><\/em><strong> du psychiatre et p\u00e9diatre Donald Winnicott et cet ouvrage. Car&nbsp;si&nbsp;ici&nbsp;Pierre&nbsp;Bayard&nbsp;renvoie&nbsp;\u00e0&nbsp;la&nbsp;biblioth\u00e8que&nbsp;int\u00e9rieure,&nbsp;il&nbsp;s&#8217;agit&nbsp;pour&nbsp;D.&nbsp;Winnicott&nbsp;de&nbsp;mettre&nbsp;en&nbsp;exergue&nbsp;le&nbsp;vrai-self&nbsp;du&nbsp;faux-self,&nbsp;avec&nbsp;toute&nbsp;la&nbsp;tension&nbsp;que&nbsp;peut receler&nbsp;la&nbsp;psych\u00e9&nbsp;lorsqu&#8217;il&nbsp;s&#8217;agit&nbsp;de&nbsp;parler&nbsp;de&nbsp;ce&nbsp;qui&nbsp;est&nbsp;\u00e0&nbsp;<\/strong><br><strong>l&#8217;int\u00e9rieur&nbsp;et&nbsp;\u00e0&nbsp;l&#8217;ext\u00e9rieur&nbsp;de&nbsp;l&#8217;individu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/s2.qwant.com\/thumbr\/0x380\/f\/f\/bdf01313de873776556f155a41b68da301577c301058838a4226295e9057a7\/003555327.jpg?u=https%3A%2F%2Fec56229aec51f1baff1d-185c3068e22352c56024573e929788ff.ssl.cf1.rackcdn.com%2Fattachments%2Flarge%2F3%2F2%2F7%2F003555327.jpg&amp;q=0&amp;b=1&amp;p=0&amp;a=1\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p>   <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand un ami m&#8217;a pr\u00eat\u00e9 cet ouvrage cela a \u00e9t\u00e9 l&#8217;occasion d&#8217;une relecture pouss\u00e9e. 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